28.09.2009

Le grand chamboulement 3

Vers un changement du mode de scrutin

 

Le président Sarkozy semble tenté par les élections à un tour. Cela favoriserait a priori l’UMP, certaine dans cette configuration d’arriver en tête et donc d’emporter la majorité des sièges.

 

Mais on sait que le mode de scrutin influe sur la structure partisane. La dispersion d’aujourd’hui à gauche aurait vite fait de laisser la place à des accords systématiques : le président remettrait ainsi de l’ordre dans le camp adverse, et ne changerait rien au final dans le rapport de forces global.

25.09.2009

Le grand chamboulement 2

A gauche, l’éparpillement

 

Mais les plus grands bouleversements sont à gauche. En effet, le Parti socialiste subit une profonde crise structurelle.

Or, à la différence de ses homologues anglais, allemand, et espagnol, au pouvoir depuis respectivement 12, 11, et 5 ans, le PS est dans l’opposition depuis 7 ans. Leur affaiblissement s’explique par l’usure du pouvoir, alors que le sien est plus essentiel : il touche moins à son action qu’à son essence, ses idées, son organisation. Tiraillé dans tous les sens, par des leaders sans charisme qui veulent chacun tirer avantage d’une situation dans laquelle ils se retrouvent tous à égalité, le PS n’est pas en mesure de se réformer. Dirigé par une personnalité du passé, et dépassée, sa crise est aggravée par Ségolène Royal qui, ne pouvant s’exprimer dans le parti, fait tout pour le ringardiser et le contourner.

 

Le peuple de gauche ne s’y trompe pas : il déplace ses espérances vers d’autres structures jugées plus porteuses. L’incroyable succès des Verts aux européennes, confirmé par les élections partielles, semble montrer qu’ils passent de force d’appoint à force concurrente.

A l’autre extrémité, le Parti communiste n’en finit plus de mourir, et se retrouve désormais comme noyé dans le Front de gauche, dont ne ressort que la figure de Jean-Luc Mélenchon. Là encore, les Verts en sortent gagnants car la disparition de l’allié historique du PS accroit encore un peu plus l’importance prise par les Verts.

 

La question est de savoir s’il s’agit d’un phénomène purement conjoncturel, lié à l’affaiblissement du PS et à la mode pour les thèmes écologiques, ou si les Verts, jeune parti, passent à l’âge adulte et s’installent à égalité avec les sociaux-démocrates dans un système politique fortement marqué par les enjeux environnementaux.

 

A l’extrême gauche, le NPA n’a pas fait la percée escomptée et ne semble pas en mesure de jouer vis-à-vis de la gauche républicaine le rôle d’obstruction que le FN jouait vis-à-vis de la droite.

 

Enfin, le Modem pâtit des tergiversations incohérentes de son leader et de l’évidence de ses ambitions démesurées comme seul moteur de ses tactiques. Loin de constituer une alternative crédible à qui que ce soit, ce mouvement construit sur du vent risque de vite s’essouffler.

 

L’éparpillement des forces de gauche a l’avantage inverse du rassemblement des forces de droite : en ratissant large, il permet de constituer une majorité qui n’aura pas de mal à s’unir dans l’opposition au sarkozysme. La victoire de la gauche est donc plus que jamais possible.

24.09.2009

Le grand chamboulement 1

Nous sommes peut-être en train de vivre une petite révolution de notre vie politique, une profonde reconfiguration de notre système de partis. Même s’il est plus marquant à gauche, il touche aussi la droite, mais dans un mouvement inverse : dispersion d’un côté, regroupement de l’autre.

 

 

A droite, le rassemblement

 

La majorité présidentielle est en train de parvenir à regrouper autour de l’UMP tous les mouvements de droite et du centre. Engagé en 2002, le processus s’est considérablement accéléré avec Nicolas Sarkozy, et tout particulièrement depuis les élections européennes.

 

 Dans le même temps, le Front national, autrefois responsable de nombreuses défaites de la droite (surtout aux législatives de 1997, mais aussi aux régionales de 2004), s’est considérablement étiolé, et ne semble plus en mesure de revenir à ses résultats anciens. La scission de 1999 a porté un coup fatal au FN, le sursaut de 2002 n’effaçant pas ce déclin structurel.

Pour autant, toutes les causes de son succès passé restent présentes pour un succès avenir, au cas où les millions de Français séduits par M. Sarkozy seraient déçus par sa politique (notamment sur l’immigration et la sécurité).

 

A l’autre extrémité, le choix désormais affirmé de François Bayrou de se tourner vers la gauche supprime toute concurrence à la majorité présidentielle au centre et au centre droit, le Nouveau centre ne pouvant prétendre incarner ce que fut l’UDF, grand parti créé dans la confrontation avec le parti gaulliste.

 

L’UMP, avec ses partis satellites, occupe donc tout l’espace de la droite et du centre. Le risque évident est de ne pouvoir dans ces conditions tenir un discours à la fois cohérent et attractif pour la grande diversité des électeurs autrefois représentés par différents mouvements.

L’émergence de partis concurrents dans les espaces libérés (à la gauche et à la droite de l’UMP) dépend de la popularité de Nicolas Sarkozy. Dans l’état actuel des choses, personne n’a le poids nécessaire pour représenter une menace.

Pour un électeur modéré, ce regroupement a le mérite de la clarté. Mais pour ceux qui se situent aux extrémités de ce vaste conglomérat, il n’y a qu’un pas à franchir pour se tourner vers le Modem ou le FN.

A vouloir incarner un parti unique, l’UMP et ses alliés se trouvent contraints d’atteindre la barre des 40% au niveau national.

 

10.09.2009

Hold-uPS

Le Parti socialiste n’en finit de s’enfoncer. A chaque étape de son effondrement, on croit qu’il n’ira pas plus bas, mais arrivé au fond, il creuse encore.

Défaites électorales, absence dans le débat d’idées, opposition systématique et désinvolte, guerre des chefs permanente, le PS ne figure plus qu’à la page « faits divers » de la politique française.

Dévoré de tous côtés par trois forces concurrentes, l’extrême gauche, le pseudo-centrisme, et le gauchisme vert, le PS ne sait plus comment se positionner, sans corpus idéologique, et sans leader charismatique.

Le terrible congrès de Reims n’avait fait qu’aggraver les choses. Loin de solutionner le problème du chef, il l’avait dangereusement compliqué. La victoire annoncée de Bertrand Delanoë s’était terminée en déconfiture pour le futur ex-Maire de Paris. La victoire autoproclamée de Ségolène Royal s’était transformé en triomphe sur le fil de la vieille garde mitterrandienne. Les bonnes vieilles méthodes de ces spécialistes des élections internes avaient porté leurs fruits : 102 voix d’avance pour la revenante du Nord !

Le grotesque de la situation cachait mal l’insurmontable coupure en deux du principal parti d’opposition.

Mais aujourd’hui, le problème est plus grave. Le « hold-up » semble démontré. Il avait fallu un an pour pacifier (au moins en apparence) les relations entre aubryistes et royalistes. Il aura fallu une heure pour déclencher la guerre. Ségolène Royal ne laissera pas passer cette occasion de reprendre ses droits.

Il n’en reste pas moins que si toutes ces malversations étaient confirmées, elles jetteraient un discrédit définitif sur Madame Aubry et ses équipes, mais plus largement sur le PS déjà si mal en point.

La démission de Mme Aubry ne résoudra rien, mais entrainera une purge du PS. Ce sera peut-être le déclencheur d’une profonde modernisation du parti au profit de Mme Royal.

Dans l’immédiat, les grands bénéficiaires sont les Verts. Ils devraient profiter à plein des Régionales, un scrutin qui leur est favorable et avait vu leur émergence en 1992.

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