03.11.2009

Un débat sur « l’identité nationale » ?

On peut être surpris de l’idée de lancer un débat sur « l’identité nationale ».

 

Débat : cela implique un échange, une prise de conscience collective, une mise en commun d’expériences et d’idées, c’est une bonne chose. Mais cela implique aussi une confrontation de positions, des compréhensions différentes d’un sujet, des visions différentes, voire opposées, et au final, si possible, un consensus, un compromis.

Or, « l’identité nationale » n’est pas un thème comme un autre. Ce n’est pas un sujet amendable, mais une réalité qui s’impose à nous. Il est assez insolite, pour ne pas dire invraisemblable, de lancer un marché aux définitions sur le sentiment national. L’identité française ne se discute pas, elle n’est pas ce qu’on souhaite qu’elle soit.

 

Conditions du débat : on passera sur le contexte pré-électoral, c’est un mauvais procès, car le moment quel qu’il soit aurait été critiqué. En revanche, le site créé à cet effet, vise à orienter ou à limiter le débat : les références sont imposées. La sélection de textes ne retient qu’une petite partie de l’histoire de France, ainsi que de ses auteurs. Peut-on effacer « la ligne bleue des Vosges » par exemple ?

Admirateur passionné de la Révolution, je suis obligé de dire que notre histoire ne commence pas là. Par ailleurs, les Droits de l’Homme sont très importants, mais ils ne sont pas fondateurs de « l’identité nationale », ils n’en sont qu’un élément, parmi de nombreux autres. Où sont passées les périodes les plus glorieuses de notre histoire ? Doit-on les oublier uniquement parce qu’elles ne furent pas « républicaines » ? L’histoire de France est un bloc.

Peut-on par un « débat » revenir sur 30 ans de modification des programmes scolaires qui n’ont eu de cesse de réduire l’importance de l’histoire de France, et à l’intérieur de cette matière de la minimiser ou de la dénigrer ?

 

 

Le vrai problème serait plutôt de savoir comment les Français en sont arrivés à ne plus être fiers de leur pays, voire à le détester (cf. les sifflements de la Marseillaise etc.).

Les raisons en sont nombreuses, et anciennes. Elles tiennent à l’affaiblissement économique et politique de notre pays depuis 30 ou 40 ans. Elles tiennent à une immigration trop massive pour être correctement digérée. Elles tiennent à une modification profonde des valeurs.

Le candidat Sarkozy avait promis de rompre avec « l’héritage de 68 » : le libéralisme excessif, l’abaissement des critères moraux, de l’autorité et du respect. La vérité est que face à la perte des repères traditionnels ce ne sont que des critères individualistes et économiques qui l’ont emporté. L’idéologie de 68 a engendré, en partie, le contraire de ce qu’elle voulait produire : un monde où le seul repère est la satisfaction égoïste de ses besoins matériels. Il est évident que dans ce cadre aucun sentiment national, aucune « identité nationale », ne peut résister.

Vouloir résoudre la perte du sentiment patriotique par l’étude de la Marseillaise est dérisoire, sinon pitoyable. Cette « solution » nous est ressortie régulièrement tous les 10 ou 15 ans. Et l’on fait de même avec l’instruction civique…

Si bien qu’on se demande si dans ce débat il y a vraiment autre chose qu’un simple coup politique, si l’on veut réellement faire aboutir une réflexion et en tirer des conséquences bénéfiques pour l’avenir, ou s’il s’agit seulement d’occuper l’opinion (un débat sur la dette de la sécurité sociale serait autrement plus enrichissant) et de marquer des points à l’approche des élections régionales.

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